Le noir est le refuge de la couleur

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J‘ai jamais aimé le vendredi 13. Je suis sûrement trop superstitieuse. J’ai toujours craint les chats noirs, et j’en aurai encore plus peur dorénavant. À l’avenir, les vendredis 13 me rappeleront toujours ce macabre soir de Novembre où l’horreur a remplacé les mots.

black Pour l’anecdote, il y a une semaine, voilà que mon dernier article, celui sur la collab’ entre H&M et Balmain déchaînait les passions, à mon grand étonnement. Aujourd’hui, toutes ces futilités me font bien rire tant elles sont dérisoires. Consumées et envolées au vent telles de la poussière.

La stupeur. L’incompréhension. Comme en janvier dernier, l’effroi d’abord, la haine ensuite, la tristesse, finalement. Pris par surprise comme ces innocents abattus d’une balle dans le dos. Ces gens-là, ces jeunes, ces pères de famille, ces fans de métal, de musique, ces Parisiens de naissance ou de cœur, venus rire, boire un verre, célébraient une seule et même chose : le vivre ensemble. Qu’ils aient voulu aller voir un concert au Bataclan, un match de foot au Stade de France, qu’ils aient voulu retrouver leurs potes au Carillon ou à une table du Petit Cambodge.

Ce n’est en rien la religion qu’il faut condamner. Le terrorisme de 2015 est un terrorisme de valeurs. De valeurs fondamentales à notre vie d’humain. Aux droits de l’Homme. À la liberté. Ces pantins vêtus de noir, fous dans leur fanatisme, déconnectés du monde réel, ne vivent que par la puissance que leur procure la kalashnikov qu’ils tiennent dans leurs mains, ou les explosifs autour de leur ceinture qui leur garantiront un aller simple vers une reconnaissance « divine » en tant que martyrs. Ils ne sont prisonniers que de leur bêtise, de leur lâcheté, de leur ignorance. Ils se pensent forts et unis, ils ne sont que l’antithèse même du mot « fraternité ».

LIBERTÉ. ÉGALITÉ. FRATERNITÉ.

Comme en janvier dernier, c’est dans un incroyable élan de solidarité que les victimes que nous sommes, meurtris, pleurant des larmes de sang, avons serré nos mains pour former une immense ronde. Qu’elle soit réelle ou bien virtuelle. Des élans de solidarité qui se sont manifestés de différentes manières, que ce soit par une bougie posée sur le bord d’une fenêtre, par une #PorteOuverte, par un bouquet de roses déposé sur les lieux du drame, par une pensée, une prière, ou par les notes d’un inconnu trimballant son piano à vélo pour jouer au milieu de la foule.

Oublions un instant les préoccupations et récupérations politiques. Elles ne sont hélas que la conséquence irrémédiable de tous ces actes de barbarie. Nous, citoyens, sommes impuissants dans cette grande valse internationale qui se joue en arrière plan, fait s’écrouler des milliers de corps au-delà de nos frontières, pousse des milliers de migrants à fuir le pays dans lequel ils sont nés.  Oublions un instant nos différences. Nous sommes tous humains, libres et égaux en droit. Oublions un instant la haine, l’intolérance. Aujourd’hui, profitons d’être encore en vie pour ceux qui n’ont pas eu cette chance. Il va falloir rire, sourire, danser, boire, chanter. Écouter de la musique encore plus fort. Et ne jamais oublier de s’aimer les uns les autres. Si « le noir est le refuge de la couleur », disait Gaston Bachelard, c’est une palette de tons incroyables, de l’amour à la paix en passant par la fraternité, qui a triomphé du deuil, de la tristesse et de la mort.

Hier soir, en jouant Bohemian Rapsody de Queen, les mots ont eu une toute autre résonance dans ma tête et dans mon cœur. J’ai fermé les yeux un instant et j’ai pensé à tous ces gens, morts pour avoir été heureux. Morts pour avoir été heureux ensemble. Que leur âme repose en paix.

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