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Trentemøller, l’électronique inspirée par la new wave

Trentemøller, l’électronique inspirée par la new wave

Parmi les artistes les plus attendus à Marsatac cette année, Trentemøller et son groupe ont mis le public de la Cartonnerie en apesanteur pendant plus d’une heure de live. Originaire du Danemark, Anders Trentemøller, compositeur et producteur au style reconnaissable entre mille, entre new wave et électro minimale, est adoubé par ses pairs, notamment Laurent Garnier, Alex Gopher ou Étienne de Crécy. Outre des remixes pour M83, Pet Shop Boys ou Röyksopp, Even though you’re with another girl, Moan ou Shades of Marble (par ailleurs choisi par Pedro Almodovar pour illustrer la bande son de son film La Piel que habito) font partie de ses plus belles compositions. C’est légèrement stressée face à l’immense talent de cet artiste que je l’ai rencontré quelques heures avant son live à Marsatac. En le voyant arriver, tout de noir vêtu, chapeau vissé sur la tête, extrêmement souriant et avec son regard bleu profond, j’ai compris que les quelques minutes d’interview qu’il allait m’accorder allaient faire partie des plus belles rencontres que je puisse faire. Je ne m’étais pas trompée…

Trentemoller © Madmoiselle Julie

Es-tu déjà venu ici, à Marseille ?
Non, jamais. Je suis très impatient de visiter un peu la ville avant de jouer à Marsatac. Les autres membres du groupe sont allés un peu découvrir Marseille et je vais les rejoindre juste après l’interview ! C’est notre septième date de la tournée européenne, cela fait une semaine que l’on joue tous les soirs et, du coup, je suis vraiment dans un bon état d’esprit car j’aime bien cette ambiance de tournée : se réveiller chaque jour dans une nouvelle ville juste pour jouer ma musique, c’est un métier fantastique.

Comment te sens-tu à quelques heures de ton live ?
Finalement pas si stressé que ça, mais j’adore être entouré de mon groupe pour jouer ce soir, au moins on peut partager nos ressentis en sortant de scène. En temps normal, on se détend, on écoute de la musique et on boit des coups pour se mettre en condition et une minute avant de monter sur scène, on se serre tous dans les bras en même temps pour se motiver, un peu comme une équipe de foot au final.

« La musique est un langage universel,
qui pourtant n’a pas de règles.
Si les gens sont touchés par ce que je fais,
en particulier au niveau instrumental, alors c’est un honneur pour moi. »
.

Quels artistes as-tu envie de voir ce soir à Marsatac ?
Je pense que la soirée est axée électronique aujourd’hui et en réalité je préfère davantage les groupes d’indie rock ! Du coup, pas vraiment de choses que j’attends de voir… (rires)

Quelle est la première chanson qui t’a marqué ?
C’est Venus in Furs du Velvet Underground. La première fois que je l’ai entendue, je pense que je devais avoir 11 ou 12 ans, elle m’a littéralement retourné. Le morceau sonnait complètement différemment par rapport à tout ce que l’on pouvait entendre à la radio à l’époque. Il a quelque chose de mystique, d’hypnotisant. Je n’avais pas forcément conscience à ce moment-là de ce que signifiait réellement cette chanson, mais je trouvais que la musique était vraiment spéciale, à tel point que j’ai tout de suite acheté l’album, le fameux avec la banane. Ce n’était pas un vinyle mais une cassette !

Quel artiste ou album t’a donné envie de faire de la musique ?
C’est difficile à dire, car c’est un ensemble de choses qui m’a poussé à faire ça. Le Velvet Underground en fait partie, évidemment, mais aussi The Cure car j’adore leur son, en particulier le disque Seventeen Seconds qui m’a d’ailleurs beaucoup inspiré pour mon dernier album. D’ailleurs, on peut vraiment entendre cette inspiration-là dans tous mes morceaux. Joy Division aussi m’inspire encore beaucoup aujourd’hui, j’ai toujours aimé ce syle post-punk, mais j’aime  l’agrémenter de choses nouvelles. Je ne veux pas que ma musique soit rituelle, je ne veux pas qu’elle soit uniquement ça. Je pioche des éléments dans le post-punk en y ajoutant mes propres ingrédients.

Ta pochette d’album préférée ?
Celle avec la banane du Velvet Underground et de Nico, car elle est très simple et en même temps tellement culte aujourd’hui. On peut vraiment voir ce disque partout, en réédition, et on sait tout de suite de quoi il s’agit. Je pense aussi que cette pochette en a inspiré d’autres bien après, car c’était Warhol qui l’avait imaginée. Un vrai génie.

Velvet Underground  & Nico - banana album

Le dernier album que tu as acheté ?
Le dernier vinyle est celui des Savages car j’aime beaucoup ce qu’ils font. On a pas mal traîné avec eux. Leur chanteuse, Jehnny Beth, a aussi chanté avec mon groupe et moi sur scène, il y a deux jours. Je suis un grand fan de leur musique, ils ont beaucoup de références à l’ère post-punk et, en même temps, ils apportent un son frais, nouveau, une très bonne énergie. 

Quelle marque ou quel vêtement te représente le plus ?
Je dirais qu’il s’agit d’Henrik Vibskov, un designer et artiste qui dessine tout ce que l’on porte sur scène, y compris ce soir. Il s’occupe aussi de tout l’aspect visuel de notre groupe. Je suis un grand fan de ses vêtements car ils sont très simples, pas tout le temps minimalistes, assez fous aussi, parfois. On reconnaît très vite sa patte.

henrik_vibskov_fashion_design_interior_space_lamondamagazine_3

Le dernier live que tu as aimé ?
C’était à Rock en Seine à Paris. On jouait là-bas et la veille on était très impatients de voir Portishead qui étaient programmés eux aussi. C’est l’un des meilleurs groupes du monde à mes yeux. Le public était surexcité, malgré le fait que leur musique soit assez calme, downtempo parfois. Mais tout le monde était dedans et c’était vraiment génial.

Le plus beau compliment que l’on puisse faire sur ta musique ?
C’est très dur à dire… C’est aux autres de me donner la réponse. Mais ce que j’essaie de faire, ce que j’espère en tout cas, c’est que le public reconnaisse ses propres sentiments dans ma musique. La musique est un langage universel, il n’y a pas de règles et en même temps, si les gens sont touchés par ce que je fais, en particulier au niveau instrumental, alors c’est un honneur pour moi.

Si tu devais te décrire en un seul mot ?
Tête en l’air. J’oublie toujours toutes mes affaires ! C’est infernal… Par exemple, c’est la troisième paire de lunettes de soleil que j’ai là, j’en ai perdu deux autres en tournée. J’ai aussi égaré mon iPhone il n’y a pas longtemps… Si on demande à mon régisseur, il sera d’accord avec moi ! Il est tout le temps en train de vérifier pour moi et de me demander si je n’ai rien oublié.

La vie serait plus belle sans ?
Sans toute cette guerre et ces terroristes. C’est triste à dire, mais notre société ressemble à quelque chose de très sombre en ce moment. J’espère vraiment que les choses vont s’arranger, bien que je ne sois pas optimiste du tout à ce sujet.

Quel morceau comptes-tu remixer prochainement ?
Je travaille actuellement sur un remix pour un groupe danois qui s’appelle Future 3, qui sont en quelque sorte les parrains de la musique électronique avant-gardiste au Danemark. Cela fait 13 ans qu’ils n’ont rien sorti et ils préparent actuellement leur nouvel album. Dès que j’aurais un peu plus de temps en dehors de la tournée, je vais ressortir mes claviers et m’atteler à faire ce remix pour eux.

Tes projets pour le reste de l’année ?
On finit la tournée européenne, on a encore deux semaines avec des dates tous les soirs, c’est une tournée assez énorme. Ensuite on a 3 semaines de repos où l’on sera à Copenhague, puis on repart en tournée pendant un mois aux États-Unis dans 20 villes différentes. Puis en décembre, une fois la tournée finie, je travaillerai sur mon prochain album. Je suis très impatient de travailler dessus. Même si je fais des remixes pendant que je suis en tournée, j’ai vraiment besoin d’être au calme, de prendre mon temps, pour produire ma musique. En tournée, c’est beaucoup plus difficile car on est sans cesse entouré. J’ai besoin de m’isoler dans mon studio. Je ne sais pas encore si je vais travailler avec d’autres artistes. C’est lorsque je fais ma musique que je me rends compte si elle nécessite d’avoir des voix particulières, vu que je ne peux pas chanter moi-même, j’ai vraiment une voix horrible ! Si je pars sur un album uniquement instrumental, alors ça sera bien aussi. Je verrai une fois le moment venu, au moment de l’écriture.

Marsatac-2014-Trentemoller-5

Plus d’infos :

➽ www.anderstrentemoller.com
➽ Les photos du live à Marsatac 2014
➽ Trentemøller sur FacebookSoundcloud 

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