Marseille, on l’aime et on la déteste

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Jean-Claude Izzo disait que « Marseille est familière. Dès le premier regard. » Touchée par les nombreux articles très réalistes qui pullulent sur la Toile ces derniers temps, comme celui, qui empeste le vécu, de Rachid Zerrouki pour Vice, j’ai décidé d’y aller de ma petite contribution en faisant, moi aussi, ma déclaration d’amour à cette cité phocéenne qui m’a vu naître, me voit grandir, et me verra naturellement mourir.

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Oui, Marseille est familière. Mais plus encore, je rajouterai qu’à Marseille, on fait très rapidement la différence entre les « minots » du coin et les touristes. Chez nous, c’est inné.
On dira peut-être que c’est du chauvinisme, qu’à Marseille, c’est vrai, on est Marseillais avant d’être Français. C’est peut-être aussi parce qu’on aime beaucoup trop notre ville et que, comme nulle part ailleurs, on en est fiers jusqu’au bout des ongles.

marseille - tag OM

Marseille, c’est la mer à perte de vue. Ce sentiment-là, d’être toujours proche de l’horizon, en sécurité dans la ville, cajolés par la Bonne Mère, avec pourtant l’idée d’un ailleurs toujours près de soi. Nous, on n’a pas le Baron, ni le Montana, ni les centaines d’expos par an, la multitude de nouveaux bars qui ouvrent chaque semaine ; mais nous, à Marseille, on a la mer Mé-di-ter-ra-née (oui, ce nom mille fois plus joli que « Paris Plage »), et ça, aucun mécène ni aucun entrepreneur au portefeuille bien garni ne pourra jamais vous l’offrir.

Marseille - pêcheurs

Marseille, c’est les rochers de Malmousque, où les « anciens » s’affalent sur leurs chaises pliables, tandis qu’un groupe de jeunes décuve sa soirée de la veille en faisant des plongeons réguliers dans l’eau qui borde les rochers. Marseille, c’est la Corniche, l’énorme vaisseau du CNM qui a l’air de ne jamais vouloir se décrocher de la plage des Catalans ; son Bistrot Plage, son Petit Pavillon, et ces pains d’épices humains en train de cramer, ces scènes de vie estivale que l’on admire allègrement d’en haut.

Marseille - Bistrot Plage

Marseille, c’est l’Hôtel Peron, qui semble avoir toujours été là, crachant les couleurs bleu-blanc de sa façade à la figure des passants.

Marseille - Hôtel Peron

Marseille, c’est aussi le vallon des Auffes, ce village comme on n’en fait plus, coincé entre le pont et la mer ; c’est ses cabanons et la vieille dame qui regarde les touristes affluer devant son petit balcon jonché de cactus. C’est la terrasse de Chez Jeannot, ses pizzas aux anchois à pâte fine et craquante avec vue sur le petit port, c’est l’accent chantant – parfois un peu fort – de ses serveurs et l’odeur du pastis qui chatouille les narines.

Marseille - vallon des Auffes Marseille - Chez Jeannot Marseille - pizza Chez Jeannot

À Marseille, on parle fort en faisant des gestes brusques, on exagère un peu (ok, beaucoup) . À Marseille, on a le Colorado à l’Estaque, Marcel Pagnol attablé au bar du coin, en train de se goinfrer de panisses.

L'Estaque, l'autre Colorado

Mais à Marseille on est aussi conscients de la chance qu’on a : on prend le petit dej’ sur le port, on fait une sieste au Pharo en guettant l’arrivée des bateaux, on avale vite fait une salade au Chalet avant de partir faire la sieste sur la plage des Catalans, continuer à bronzer au « Prophète », voir le coucher de soleil à Malmousque et finir sa soirée au bout du monde : les Goudes. À Marseille, l’afterwork c’est l’apéro sur la plage, où le mojito en terrasse en happy hour a été remplacé par le rosé « bien glace », les pieds dans le sable.

Marseille, c’est aussi sa multitude de bonnes adresses, la burrata de La Cantinetta, les cocktails du Pelle Mêle, les Au Revoir Shoshana du Dancing, les mauresques du Pointu, les files de shots du Poli, les brunchs du Mama… (ceci est une liste non exhaustive)

Mais, en un mot comme en mille, Marseille, ce n’est pas qu’une carte postale ou un cliché. C’est aussi des centaines de raisons qui font qu’on la déteste : ses places qui empestent les égoûts, ses rats qui cavalent à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, ses cagoles qui machouillent leur chewing gum bien fort la bouche ouverte, ses kékés qui n’aiment pas écouter la musique au casque ou avec des écouteurs, ses minots qui « taquinent » le ballon et dribblent entre les piétons. Et c’est aussi pour ça qu’elle nous manque dès qu’on s’en éloigne.

2 COMMENTS

  1. Marseille je l aime autant que vous toute ma famille y est née et y ont vécupour la plus part jusqu à leurs morts mais pour la faire valoir nul n est besoin d abaisser Paris plage qui a rendu heureux adultes et enfants qui ne peuvent pas se payer de vacances et je considère que c une belle initiative, mais bien sûr ca n est pas la Méditerranée , mais j aime votre article et …… Marseille

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