L’enfer des « … »

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Ta vie a changé la première fois où tu les a lus sur l’écran de ton téléphone portable. Toi-même, tu as été conscient du tremblement de terre que tu allais déclencher en appuyant sur le bouton « envoyer » après avoir tapoté 3 fois de suite sur la même touche. Que l’on soit expéditeur ou destinataire, on a tous connu au moins une fois dans sa vie l’enfer du SMS le plus simple qui soit, et le plus complexe à la fois : les fameux « … » Et pire, ceux qui veulent dire aussi, désormais : « veuillez patienter, votre correspondant est en train de vous répondre ».

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En fait, le problème des « … » est un problème bien plus sérieux que ce que l’on croit. Même au XIXe siècle, les héroïnes de Jane Austen devaient avoir le même souci avec leurs prétendants lorsque, à l’encre de Chine, ils décidaient de terminer leur lettre manuscrite par ces trois points lourds de sens.

Deux siècles plus tard, finalement, rien n’a changé. Et même si les mails, les textos, les conversations Skype, Messenger ou What’s app ont remplacé les plis postaux, les 3 petits points qui foutent la merde n’ont eux, toujours pas foutu le camp.

D’ailleurs, preuve ultime que le problème est universel et vraiment plus important qu’il n’y paraît : même Google ne comprend pas quand on lui demande de chercher « … ». Pire, il nous demande d’être plus explicite et « d’essayer d’autres mots » ! Merci Google.

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Et puis, rien que leur étymologie résume le phénomène tout entier : « points de suspension » (du verbe « suspendre »). Trois petits merdeux qui font que tu restes suspendu aux lèvres de ton interlocuteur, comme si, derrière ces trois petits points, c’était toute sa pensée qu’il cachait et du coup, toute ta vie qui en dépendait.

Le problème, aujourd’hui, c’est qu’en plus des points de suspension que tu te prends en pleine figure comme réponse à un message (imagine le drame du « je t’aime » – « … »), tu dois aussi apprendre à vivre avec une autre forme de « … ».

Ceux qui te laissent en suspens, sur Facebook ou sur iPhone [ami utilisateur d’Androïd, je ne te dénigre point], parce que ton interlocuteur est en train de tapoter gentiment sur son écran tactile. Ceux-là même :

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Qu’importe ce que tu as envoyé avant. Que tu sois coincé dans un rayon de Monop’ attendant d’avoir la réponse à ton « rouge, rosé ou blanc ? » ou que tu sortes de la douche en attendant la réponse positive d’un partenaire plus ou moins lubrique suite à une proposition indécente, ces « … » te foutent toujours autant la haine.

En fait, tu regrettes même carrément cette époque géniale, aux prémices des nouvelles technologies, où l’on avait tout juste droit à un accusé de réception certifiant que le texto avait bien été remis au destinataire. En utilisateurs de Motorola RazR / Nokia 3310 que nous étions, ja-mais (ô grand jamais) nous n’aurions imaginé qu’un jour, pas si lointain que ça finalement, nous pourrions savoir exactement QUAND notre interlocuteur aurait « lu » le message (pas juste « reçu »), et, pire encore, QUAND exactement il se serait décidé à nous répondre. Merci les « … » !

Inutile de te préciser qu’un soir, crevée, pomée sur Deezer à écouter du Rihanna au casque, j’ai fait une expérience encore plus troublante. Eh ouais, forcément, les « … » sur Facebook, qui indiquent que ton correspondant va te répondre, font du bruit. Pas n’importe quel bruit, non. Comme des petites balles de ping pong qui rebondiraient sur une table en verre. Un bruit mignon, mais vite détestable au bout de 20 secondes. (Tu peux tester par toi-même, je ne t’en voudrais pas).

Finalement, aujourd’hui, alors que tout le monde s’évertue à blamer le mec de 50 nuances de Grey de sado-masochiste, je crois que la relève est assurée. Désormais, j’avoue, j’ai appris à savourer tout le potentiel de ces trois petits points : je prends un malin plaisir à faire languir mes correspondants à coups de « … ». Un peu comme un commercial sadique à l’autre bout du fil d’un service clientèle à 3€ la minute qui voudrait se venger d’un client un peu trop con.

Je vois déjà ton petit sourire mesquin de là. Toi aussi tu as déjà fait pareil.

(…)

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