J’ai mal à nos Bleus

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D‘un naturel nostalgique, je dois avouer que mon vilain défaut s’est encore emparé de moi à la veille du lancement de l’Euro 2016. Je revois en noir et blanc les images de la victoire de la France à la Coupe du Monde 1998, je revois le sourire de Zizou, je ré-entends l’accent de Barthez, je me souviens des moments de complicité de l’équipe, du bisou rituel de Laurent Blanc sur le crâne de Barthez… Et je me dis que cette belle époque est déjà loin.

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En 1998, j’avais 13 ans. Et à l’époque, la poitrine de Zahia n’avait pas encore commencé à se former (elle avait 6 ans !), la « routourne » n’avait pas encore commencé à tourner pour Ribéry, et Benzema, 11 ans, admirait Didier Deschamps bien assis devant son écran de télé. C’était une belle époque, saine, au moins, dirons-nous. La machine à fric que représente le football commençait déjà à être bien rodée, mais peut-être nos Bleus se servaient beaucoup moins d’elles qu’aujourd’hui.

En 1998, les deux jeunes Thierry Henry et David Trezeguet étaient fiers de voir leurs femmes dans les gradins, et étaient loin de penser à tourner des sextapes avec elles. Et quand Bixente Lizarazu faisait la Une des magazines people, c’était pour ses sessions de surf sur sa chère Côte basque.

Ces Bleus-là dégageaient une certaine humilité, une solidarité sans failles, et c’est sans doute ces deux qualités qui leur ont permis de remporter la Coupe du monde.

Aujourd’hui, j’ai mal à nos Bleus. Moins concernée par le foot qu’avant, je regarde de loin un spectacle qui me débecte. Benzema, Ben Arfa et les autres ont oublié ce pourquoi ils étaient là. Par manque de maturité ou parce qu’ils se voient déjà en haut de l’affiche (?), ils passent plus de temps à faire parler d’eux pour faire le buzz que ce qu’ils ne tapent dans le ballon et mouillent le maillot à l’entraînement.

Pire encore, ils ont oublié qu’ils étaient (aussi) un exemple pour les plus jeunes. Oublié le modèle véhiculé par Zizou, époux comblé et père de quatre enfants, les Bleus d’aujourd’hui préfèrent les soirées mondaines, les putes et, a posteriori, les ébats filmés qui alimenteront de beaux articles sur Closer, à la tranquillité d’une vie de famille.

En 1998, le documentaire Les Yeux dans les Bleus posait un regard plein de tendresse sur l’entraînement de ces futurs champions du monde à Clairefontaine et une chose est sûre, le ton était à la plaisanterie et au respect : une ambiance cordiale, où les blagues et les vannes fusaient, mais où jamais un mot n’était plus haut que l’autre. Sauf peut-être dans les vestiaires, mais cela concernait leurs rapports en tant que joueurs et non leurs rapports en tant qu’humains.

Aujourd’hui, je doute qu’un réalisateur ose suivre cette troupe de jeunes joueurs qui sont davantage excités par les millions qu’ils gagnent en club que par le prestige d’une Coupe pour rendre tout un pays fier de leur boulot. La preuve, seuls 12% des Français croient en la victoire de la France à l’Euro 2016.

Demain, peut-être, je suivrai l’Euro, mais avec un goût amer, sans avoir plus que ça l’envie d’être surprise par la victoire des Bleus (des Bleus, je précise, pas de « Nos » Bleus). Un exploit collectif n’a jamais été réalisé par une somme d’individualités.

Et dire que, quand j’en aurai marre de suivre le match dans la Fan Zone sur la plage marseillaise, je pourrais même pas me baigner ! Et en plus de ça, il va falloir se taper Guetta en spectacle d’ouverture ! Putain, que c’est loin 1998…

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