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L’égoïsme plus fort que le coronavirus

L’égoïsme plus fort que le coronavirus

À chaque nouvelle conjoncture complexe, comme peut l’être le stade 2 d’une épidémie, j’ai foi en l’être humain. Un sentiment qui ne dure généralement que quelques heures, car la réalité nous ouvre rapidement les yeux.

J‘ignore si c’est une généralité commune aux Français ou plus globalement à l’être humain tout entier, mais qu’est-ce qu’on peut être cons parfois. Bon, certes, la connerie, ça reste subjectif. On est tous le con de quelqu’un, comme dit l’adage. Alors remplaçons plutôt le mot “cons” par “individualistes” ou “égoïstes”. Egocentriques même. Auto-centrés sur nos nombrils d’être humain au cœur de l’infiniment grand.

Regardez les rayons de supermarché : horreur, vide et désolation. Regards consternés entre humains un peu moins désespérés qui se lamentent devant les trois pauvres paquets de Barilla restant. Emportez tout, achetez tout, et crevez la panse pleine, pauvres gens !

Regardez aussi ceux qui rentrent de trois semaines d’une destination où c’est l’été onze mois par an. “Pas question que je reste en quarantaine là-bas hein, je prends un doliprane si jamais j’ai de la fièvre” et nique les contrôles à la douane ! Au contrôle sécu des aéroports, des dealers planquant allègrement leurs 120 grammes de coke n’auraient pas dit mieux.

La solidarité, pire, l’altruisme sont morts. Si la deuxième guerre mondiale avait eu lieu aujourd’hui, les collabos auraient certainement été beaucoup plus nombreux que jadis. Suffirait de leur promettre des pâtes, du PQ, ou mieux, une jolie petite liasse de billets, et je suis sûre qu’ils auraient basculé du mauvais côté.

Il aura suffi que l’OMS prononce le mot “pandémie” pour que les écolos et les sans gluten disparaissent du paysage français. Soudain, le blé complet et les Panzani ne représentent plus du tout une menace pour le quidam. Est-ce que les dévaliseurs de pâtes sont les mêmes qui se plaignent de devoir garder leurs enfants à la maison jusqu’à nouvel ordre ? Alors même qu’ils peuvent télé-travailler en pyjama, toucher leur treizième mois, bénéficier toujours de leur sécu et de leurs tickets resto, gracieusement compris dans leur CDI, alors même qu’ils retrouveront leur poste une fois l’épidémie calmée. C’est vrai, c’est nul de devoir garder ses enfants à la maison, c’est nul de leur empêcher d’être porteur du virus, c’est nul de ne pas les exposer au risque de cette grippe du pangolin. Égoïsme, quand tu nous tiens…

Vivement que la grippe de Wuhan s’arrête, qu’on reprenne nos mauvaises habitudes, qu’on s’offusque devant la flambée des prix des pâtes, quand les rayons en déborderont et que plus personne n’en voudra. Quand le bar de ton quartier aura fermé parce que sa trésorerie n’aura pas résisté à ta paranoïa. Quand ton petit commerçant aura lui aussi tiré le rideau parce que tu préférais les Panzani à ses radis. Vivement le prochain sujet d’actualité qui nous touchera de près pour nous rappeler que pour l’humain, le plus important finalement dans la vie, c’est lui et seulement lui.

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